Permaculture et agilité, 12 points passés au crible

Permaculture et agilité

A l’heure où l’on parle de management 3.0 et de leader jardinier en entreprise, il semble intéressant de regarder en quoi des méthodes pourtant si éloignées en terme de sujet, pourraient se rejoignent sur des constats et des façons de faire pour gérer la complexité.

Permaculture : un constat d’échec des autres modes de fonctionnement

A l’origine Bill Mollison et David Holmren ont la perception que l’utilisation toujours plus importante des méthodes agro-industrielles détruisent et empoisonnent l’eau et la terre tout en réduisant la biodiversité, érodent des terres auparavant fertiles et conduisent à une impasse au niveau de la société.

Les méthodes agiles sont aussi parties d’un constat d’échec quant à la capacité à produire de la valeur lors de la réalisation de systèmes complexes avec des méthodes d’ingénierie prédictives classiques.

Robert Harding Whittaker a montré qu’un écosystème naturel est 2 fois plus productif que tous les  systèmes humains de production de nourriture du fait d’une meilleure utilisation des ressources, des nutriments et de l’énergie. La permaculture s’est alors orientée vers l’étude et la mise en place d’agro-écosystèmes productifs s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels.

A l’instar de la permaculture les méthodes agiles ont réussi à montrer leur pertinence dans l’augmentation de la qualité et de la productivité logicielle dans un esprit de soutenabilité et de respect des individus.

Les principes agiles vs les principes de la permaculture

Nous avons déjà vu ensemble les différents principes agiles dans un article précédent essayons de voir les différents principes de la permaculture et leurs points de convergence ou de divergence avec l’agilité dans la mise en œuvre du traitement des écosystèmes complexes.

Principe 1 : Observer et interagir

La permaculture se base sur une observation permanente du terrain dans le but d’identifier ce qu’il faut faire, elle postule que seule l’interaction avec l’environnement permet un vrai apprentissage. L’agilité se veut pragmatique et constate elle aussi que seule l’observation de ce qui s’est passé permet la prise de décision prospective. On parle de boucle transparence, inspection, adaptation.

Principe 2 : Collecter et stocker l’énergie

L’énergie est limitée et nous avons consommé plus que notre capital dans nos modes de consommation actuels. La permaculture fait le pari de la frugalité pour éviter la création d’une dette. On retrouve cette même préoccupation dans l’agilité où l’on s’évertue à ne pas créer de dette qu’elle soit technique, humaine ou relationnelle grâce au mode fonctionnement itératif et à l’usage systématique et régulier de moments d’introspections.

Principe 3 : Créer une production

Créer une production, s’orienter création de valeur à court terme dans l’environnement réel sont encore des points communs dans ses deux approches. La permaculture a coutume de dire « qu’il faut des résultats immédiats pour vivre ». En ce sens, l’autonomie de la relation du producteur à son environnement doit être assurée. Dans les milieux agiles la notion de valeur produite est très importante. Ce qui est visé c’est ce qui produit de la valeur pour le client final et une attention toute particulière sera portée sur la notion d’écoute et de priorisation de ses besoins.

Principe 4 : Appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction

Les deux approches sont systémiques et postulent que seul les actions et les faits démontrables peuvent amener des actions en retours de manière à mieux comprendre les réels besoins. Les systèmes auto-entretenus et auto-régulés sont le saint Graal de ces deux approches et un objectif clairement visé. 

Principe 5 : Utiliser et valoriser les services et les ressources renouvelables

Coté permaculture, on pourrait dire qu’on souhaite « laisser faire la nature » en utilisant des moyens renouvelables par celle-ci et donc que l’on doit pouvoir maintenir une production indéfiniment sans surcout énergétique. Cette notion peut être à rapprocher de la notion agile de soutenabilité des rythmes et de respect des individus. Toute production agile doit pouvoir être faite de manière constante sur un temps infini sans épuiser ses ressources humaines ou matérielles.

Principe 6 : Ne pas produire de déchets

La permaculture se fait le champion du non gaspillage et de la frugalité Bill Mollison définit un déchet comme « un produit de n’importe quel partie d’un système qui n’est pas utilisé de manière productive par une autre partie du système ». Dans l’agilité on veille à réduire au maximum ceux-ci en minimisant le travail inutile et en faisant régulièrement des boucles d’inspection. De plus la simplicité, qui est l’art de maximiser le travail à ne pas faire est une donnée essentielle des reflexes agiles.

Principe 7 : Partir de structures d’ensemble pour arriver au détail

Les adeptes de la permaculture pourraient dire que « les détails ont tendance à obscurcir notre perception de la nature du système ». En effet, plus nous nous approchons, moins nous pouvons appréhender le tableau général. C’est aussi un principe agile général, on travaille en cycle court et on se concentre sur les fonctionnalités essentielles, mais on fait régulièrement un travail de vue d’ensemble en priorisant régulièrement, en concevant grosse maile pour revenir sur les détails au moment opportun.

Principe 8 : Intégrer plutôt que séparer

La permaculture peut être vue comme un mode qui privilégie les relations mutuelles et symbiotiques, en lieu et place de relations prédatrices et de concurrence. Les réflexes agiles vont dans le même sens dans la mesure où l’on va privilégier la collaboration plutôt que la négociation contractuelle. On retrouve aussi cette notion dans le fait que l’on préfèrera  mettre en avant les individus et leurs interactions plutôt que des processus et des outils. Cette notion se retrouve également dans la composition des équipes qui sont  pluridisciplinaires et qui intègrent les différentes compétences nécessaires et sont autonomes pour produire leur valeur ajoutée.

Principe 9 : Utiliser des solutions à petite échelle et avec patience

Pour la permaculture, faire des projets à petite échelle aussi bien temporellement que spatialement garantit une complexité de mise en œuvre appréhendable humainement et faiblement consommatrice de ressource. Cette notion de petits pas est chère à l’agilité qui préfère privilégier la fréquence et la régularité que de grandes avancées sans feedback qui engendrent des effets tunnels aux conséquences souvent néfastes.

Principe 10 : Utiliser et valoriser la diversité

Il est maintenant reconnu que les monocultures sont plus fragiles d’un point de vue des maladies et des nuisibles. La diversification des cultures, des moyens, des ressources sont une des réponses de la nature pour augmenter sa résilience. L’agilité fait de même en laissant les équipes s’auto-organiser pour aller vers la production de la valeur, le comment n’est donc pas imposé et peut être source d’une incroyable diversité et richesse.

Principe 11 : Utiliser les interfaces et valoriser les éléments en bordure

Beaucoup de richesses sont présentes dans les interactions entre systèmes, aux interfaces de ceux-ci et plutôt que de les limiter, la permaculture essaye de les valoriser et de les augmenter. A titre de comparaison, l’agilité mise sur la rencontre régulière entre les producteurs et les utilisateurs pour créer de la valeur au plus tôt et de manière régulière. De même au sein des équipes les interactions sont privilégiées pour augmenter l’efficacité du système.

Principe 12 : Utiliser le changement et y réagir, de manière créative

La vision de la permaculture ne consiste pas à voir les choses comme elle devrait être, mais plutôt comme elles sont dans toute leur complexité. Ce qui sous entends une non prévisibilité et une nécessaire adaptation au réel. L’agilité, elle aussi, fait de ce constat des réalités un atout et postule que le changement doit être accepté même tardivement et qu’il vaut mieux s’adapter que de suivre le plan.

En conclusion

Vous l’aurez compris on peut parler de domaines en apparence éloignés et se retrouver avec des solutions équivalentes pour traiter de la complexité. Ces principes ont émergé dans les deux cas par apprentissage et empirisme. Le constat de ce qui fonctionne (ou pas) prévaut sur la théorie ou le modèle sous-tendu.

Ré-envisager le point de vue avec lequel nous appréhendons nos organisations est un des moyens pour permettre leur adaptation aux défis de demain.

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