Le courage est-il une valeur agile ?

Le courage, une valeur agile ?

La valeur courage est souvent citée en environnement professionnel et régulièrement associée à l’agilité. Pour preuve, on retrouve dans le SCRUM guide, la valeur courage, comme une des valeurs permettant l’émergence de la confiance au sein des équipes. Pourtant on peut se demander si baser la réussite d’une transformation sur le fait d’être courageux est nécessaire, voir justifier.

De quoi parle-t’on quand on parle de courage managérial ?

Je vous invite à lire le très bon article de Philippe Silberzahn sur le sujet, pour savoir si, les managers ne manqueraient pas un peu de courage. Dans sa définition livresque, le courage fait référence à une valeur associée au dépassement de ses propres peurs, à l’affrontement d’une forme de danger ou de souffrance (si si).

En résumé, le courage managériale serait donc le fait de poser des décisions ou des actes courageux, au sens de, difficiles à assumer, à revendiquer ou à tenir dans l’action, le tout en faisant face au danger, sans déni ou inconscience de celui-ci.

Pourquoi faudrait-il du courage en agilité ?

Les processus de management traditionnels misent tout sur la capacité à faire des prévisions fiables et précises à moyen ou long terme. En d’autres mots, mon projet sera un succès, à son échéance, si j’ai réussi à tout prévoir et tout anticiper en amont et que je sais suivre rigoureusement le plan établi en bravant les difficultés.

Dans ce cadre là, il peut paraitre souhaitable de mettre en avant la valeur courage car il risque en effet d’y avoir de nombreux défis à relever pour aller vers le succès. Dans ce même cadre, affronter l’incertitude nécessiterait, au moins en apparence, de vaincre ses propres peurs et réticences pour continuer d’avancer y compris dans le brouillard.

Pourtant, si l’on considère que l’environnement dans lequel nos entreprises évoluent est de plus en plus complexe et incertain, ce courage pourrait, peut être, s’interpréter différemment. 

En effet, si l’on est courageux quand l’on dépasse ses peurs, on peut, peut être, comparer le courage managérial à une capacité à gérer et appréhender les risques et un grand courage à celui de savoir gérer de gros risques. Mais que dire quand on essaye malgré tout de gérer des risques non maitrisables ? Que devient la valeur courage ? de l’inconscience ? de l’orgueil ?

Complexité et courage font-ils bons ménages ?

Vouloir prévoir dans un monde complexe par définition : incertain, volatile et ambigu (au sens VUCA) nécessiterait une forme de courage qui serait surement requalifié en inconscience, aveuglement ou pire.

De plus en plus d’observateurs et d’acteurs de terrains s’accordent à dire que notre environnement est de plus en complexe et dans ce cadre là le courage n’a pas de sens et correspond plutôt à un mauvais réflexe de l’ancien monde, de l’ancien paradigme et du coup, il nous faudrait autre chose que du courage ? Et si cet autre chose c’était de l’agilité ?

En résumé pour appréhender les projets dans notre monde complexe, il ne nous faut pas du courage mais un nouveau mode de pensée plus expérimental, plus empirique, moins dogmatique, plus souple : L’agilité.

Du coup, si on est agile, on a plus besoin d’être courageux, et la nécessité d’être courageux peut même être vu comme le symptôme d’un dysfonctionnement.

Mais dans ce cas pourquoi certains évoquent encore le courage dans le cadre de l’agilité ?

De deux choses l’une :

  • Soit il est aussi envisagé comme le courage de prendre des décisions managériales difficiles et je pense que c’est une erreur stratégique (conféré ci dessus).
  • Soit ce courage est envisagé comme le courage de vivre le changement de paradigme nécessaire pour évoluer dans un monde complexe et dans ce cas là, il corresponds plus à une forme assumée d’humilité face à la complexité. Le courage devient un :   » Je sais que je ne sais pas » et je l’accepte plutôt que de nier mon impuissance.

Du coup, nous avons, peut être à faire, à une forme de courage qui tait l’orgueil, revendique l’expérimentation plutôt que l’affirmation, l’adaptation plus que l’entêtement et le doute plus que la certitude.

« Le principe du vrai courage, c’est le doute. L’idée de secouer une pensée à laquelle on se fiait est une idée brave. »

Emile-Auguste Chartier (dit Alain) Philosophe

Douter, remettre en question, savoir que l’on ne sait pas sont les fondements de la démarche scientifique, ces réflexes permettent de mettre en places la seule arme que nous ayons à notre disposition, l’expérimentation pour vérifier ce qui n’est du coup qu’hypothèse avant d’avoir pu être vérifié. En agilité, on essayera même de minimiser le coût d’expérimentation, c’est à dire de maximiser le taux d’apprentissage on parle alors de boucle itérative courtes.

Vous pensez que le courage, c’est autre chose, qu’il en faut quand même, que c’est un faux débat …n’hésitez pas à donner votre avis.

 

Cet article vous a plus, partagez le !

Laissez une réponse

cinq × deux =