L’intelligence collective en entreprise, comment ça marche ?

intelligence collective

Mise en avant dans le concept d’organisation apprenante par Chris Argyris et de Peter Senge dans les années 1990/2000, l’intelligence collective désigne une forme d’intelligence propre à un groupe et qui serait supérieure à la somme des intelligences individuelles. Quelles sont les conditions de l’émergence de l’intelligence collective ? Comment et pourquoi cela marche ?

Pourquoi avons nous besoin de l’intelligence collective dans les entreprises ?

Nous avons à faire face à un environnement de plus en plus complexe qui est impossible à appréhender par un seul esprit, si brillant soit-il. Même les programmes spécialisés et capables d’intégrer de nombreuses variables échouent à modéliser le réel. J’en veux pour preuve les échecs répétés des sondages de l’opinion publique qui n’arrivent pas à restituer la réalité d’un terrain mouvant et d’une infinie complexité.

L’entreprise doit pouvoir respirer en phase avec son écosystème économique, culturel et social. Pour ce faire, elle ne peut plus se contenter d’appliquer des modèles centralisés et descendants. Si elle veut épouser la complexité de son environnement elle doit se mettre à l’écoute de tous les capteurs dont elles disposent pour apprendre et se réinventer sans cesse.

Profondément systémique l’intelligence collective part du principe que chaque individu ne dispose que d’une partie des informations mais que l’interaction, sous certaines conditions, permet l’émergence du sens, de la valeur et de solutions qui seront plus en phase avec les besoins réels.

Quels sont les conditions nécessaires à la mise en place de l’intelligence collective ?

Pour éviter les effets de dispersion et permettre l’adhésion, il faut tout d’abord un enjeu ou un intérêt commun. La mobilisation de l’intelligence collective passe bien évidement par le libre choix et le volontariat.

La pluridisciplinarité et le décloisonnement sont des notions importantes car c’est de la différence de point de vue que nait la richesse. Le but étant de fuir la pensée unique au risque de retomber dans les travers de la centralisation.

La maximisation des interactions au sein du groupe est aussi une volonté affichée pour permettre l’enrichissement mutuel, on parle souvent de la notion de fertilisation.

On retrouve donc comme caractéristique première l’autodétermination, l’auto-organisation et la transparence pour privilégier l’autonomie.

Comme dans toute structure groupale, on retrouve la notion de règles pour permettre au groupe de fonctionner, ces règles doivent permettre au groupe de favoriser la représentation de tous et de chacun, de se réguler, de s’écouter, de se respecter et d’apprendre des autres et de soi.

Pour permettre au groupe de produire de la valeur, il ne faut pas oublier le principe de réalité et permettre au groupe de confronter son travail à son environnement réel de manière à ne pas produire des résultats hors sol.

Enfin, on évitera de réintroduire une notion de prévalence d’un individu sur un autre en promouvant une organisation adaptative et horizontale où l’on privilégie la co-construction des interfaces ou rôles et des règles du vivre et travailler ensemble plutôt qu’une structure figée ou imposée.

Comment mettre en place l’intelligence collective ?

roue de l'intelligence collective

Clarifier les enjeux est la première des choses à faire, il ne sert à rien de vouloir faire de  l’intelligence collective s’il n’y a pas de direction commune pour le groupe. Le travail sur la vision est une opération importante à laquelle il faut apporter une grande attention. Avoir un objectif établi et co-élaborer une vision collective permet au groupe de s’approprier les enjeux et créer de l’adhésion au projet.

Si le choix de participer au projet est laisser au choix de tout un chacun, il ne faut pas pour autant délaisser la communication amont sur le projet. Penser à faire part du projet aux personnes susceptibles d’enrichir le débat est un travail à part entière qui est souvent négligé. L’on se restreint en la matière bien souvent au circuit de diffusion connus qui ne toucherons peut être pas certaines personnes pourtant bien utiles au groupe, pour ce faire pensez aussi en externe, à  vos clients, à vos fournisseurs, à des acteurs de référence du marché…

L’établissement d’un cadre de fonctionnement, les fameuses règles du vivre ensemble, doit lui aussi être co-construit. Bien sûr, on peut anticiper des règles d’écoute et de respect mutuel, mais leur simple évocation ne suffira pas à les faire appliquer. La mise en miroir des comportements réels et leur questionnement régulier devra faire parti de la vie du groupe pour créer un sentiment de confiance mutuel.

La facilitation du groupe est une étape délicate, permettre à tous d’oser s’exprimer est à elle seule une tache importante. La facilitation doit œuvrer dans ce sens pour permettre au gens de s’exprimer et de se rebeller, de sortir de leur passivité pour challenger les propositions. La confrontation n’est pas un défaut, bien au contraire, du moment quelle se situe sur les idées et pas sur les personnes. L’excès d’égo tout autant que le manque de confiance en soi sont des freins à l’intelligence collective, une attention particulière au sentiment de légitimité de tout un chacun est primordiale.
La structure de facilitation, peut permettre de régler ce type de problème en veillant à l’expression de tous, en détournant l’enjeu de la prise de position ou en jouant sur le coté ludique. De nombreux outils d’expression ont vu le jour pour permettre aux personnes de produire de la valeur sans anticiper les réactions du groupe. Les règles du vivre ensemble doivent aussi intégrer le non jugement et le groupe doit s’en montrer garant pour permettre le processus de fertilisation et de confiance.

Ne pas se fermer des portes est important. Le processus doit favoriser dans une premier temps l’exploration libre du possible sans tenir compte d’un rapport immédiat aux conséquences pressenties ou anticipées sous peine de rater, durant cette phase, de potentielles pépites. Le démarrage du processus doit être le plus ouvert possible, il sera toujours temps de refermer le couvercle dans une deuxième étape. Durant cette phase des outils de brainstorming sont régulièrement utilisés.

La phase de sélection des opportunités est une opération qui peut être conduite de plusieurs manières mais l’on retrouvera des constantes. On évitera à cette étape des choix purement raisonnés ou basé sur le fait de convaincre l’autre sous peine de retomber dans le consensus mou ou l’adhésion par défaut à la personne plutôt qu’aux idées. L’analyse des ressentis et l’expression des craintes sous-jacentes est souvent une bonne façon de trier, elle permet d’amener l’émergence de nouveaux besoins qui vont permettre d’amender les propositions initiales pour les enrichir. L’expérimentation pratique, le maquettage sont à cette phase très utiles pour permettre de se faire une idée plus factuelle des propositions et de leur validité. Là encore, l’uniformité n’est pas forcément la solution. Il n’est pas forcément souhaitable de se limiter à un choix, la diversité des réponses est normale en environnement complexe, il n’y a pas de dichotomie vrai/faux, bien/mal mais potentiellement toute une nuance de solutions possibles toutes aussi adaptées les unes que les autres.

Une attention particulière doit être portée au processus de création de valeur en rapport avec l’objectif. Il est important de permettre de passer d’un logique d’arguments à une logique d’action réelle. Ce phénomène s’appelle la stigmergie, c’est cette capacité à communiquer et se coordonner d’autant mieux qu’une trace laissée par une action favorisera l’action suivante sur son environnement. En phase d’expérimentation, l’on sera d’avantage attentif à l’analyse des effets démontrables et tangibles plutôt qu’a l’expression de notre subjectivité. Ceci demande d’être capable d’une certaine dose de remise en question et d’ouverture ainsi qu’une lecture sincère de se qui se joue ou se passe en nous. A ce stade un accompagnement externe tout autant que la bienveillance du groupe peuvent s’avérer nécessaire.

La mise en place de l’intelligence collective peut s’apparenter à un voyage à la fois collectif et individuel où l’on apprend à la fois de soi et des autres. Cette phase de feedback sur soi et vis à vis du groupe est une étape importante pour chaque étape de travail de groupe pour lui permettre de progresser. Il ne faut pas voir non plus l’intelligence collective comme un outil isolé que l’on sort de son chapeau au moment où, mais bien plutôt comme un chemin que l’on arpente et comme une philosophie qui se travaille en faisant et en avançant.

Alors, prêt à vous lancer dans le voyage ?

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